Wort 19/01/2006
Colmar-Berg
Rencontres musicales de la vallée de l'Alzette
Un Haendel flamboyant et jubilatoire
Concert offert par l'Ensemble vocal du Luxembourg et le Concert lorrain Deux phalanges exceptionnelles: l'Ensemble vocal du Luxembourg et le Concert lorrain sous la direction de Florent Stroesser.
On ne cesse de nous rebattre les oreilles avec la Grande Région, mais même dans le contexte de l'année culturelle 2007, il serait difficile de préfigurer un concert «transfrontalier» plus entraînant que celui qui nous a été offert dans l'église de Colmar-Berg, pour l'ouverture du festival Rencontres musicales de la vallée de l'Alzette, premier à entamer la ronde solennelle de nos fêtes musicales. O uverture en grande pompe, étant donné que les prestations étaient entièrement consacrées à Haendel et qu'elles bénéficiaient du concours de deux phalanges exceptionnelles, l'Ensemble vocal du Luxembourg et le Concert lorrain, toutes deux dirigées par Florent Stroesser. Un directeur qui ne craint ni les grandes émotions ni les impulsions fortes, comme l'ont montré (pour ne citer qu'un exemple) les attaques acharnées du chœur dans la dernière partie du «Laudate pueri Dominum». Il est vrai qu'on ne saurait interpréter Haendel sans exultation intérieure, comme on ne saurait interpréter Bach sans recueillement. Non que le recueillement eût manqué: ainsi ce moment poignant où les trois solistes masculins se sont fondus dans «Thou sittest at the right hand of God» (Te Deum de Dettingen) avant que le chœur, précédé d'un adagio de trompette d'une fragilité inquiétante, ne réponde dans un même esprit d'intériorisation par le non moins condensé «We therefore pray Thee». L'Ensemble vocal du Luxembourg fait preuve d'une rare cohésion, et on a l'impression que tous ses éléments sont portés par un même élan. Si l'on cherchait toutefois un bémol, on pourrait tout au plus relever un certain manque d'appui des altos dans l'agitation contrapuntique du «Day by day», mais cette page difficile a été également une rude tâche pour les trompettes.
Le Rhin et la Moselle dépêchent leurs forces vives Quant aux solistes vocaux, point n'est besoin de présenter Monique Zanetti ni ses élèves Philippe Barth et Benoît Arnould. Si elle a eu de beaux moments lyriques, Monique Zanetti a surtout excellé dans la mise en évidence du texte grâce à un phrasé détaché, mais très nuancé, qui s'imposait même face à la présence prononcée du hautbois. La souplesse et la beauté de la ligne musicale ont prévalu dans les interventions de Philippe Barth (contreténor) et Benoît Arnould (basse poétique, chose assez rare pour cette tessiture). A leurs côtés, on a eu l'occasion de découvrir le ténor Philippe Froeliger lequel a suivi un parcours d'une parfaite conséquence: c'est un peu comme si, de l'autre côté de la frontière, le Rhin et la Moselle avaient envoyé leurs forces vives dans la vallée de l'Alzette. Compliments auxquels on s'en voudrait de ne pas associer le Concert lorrain: les cuivres étincelants, les bois zélés, les cordes à la rhétorique baroque mêlant aux harmonies de troublants frissons de dissonances, ainsi que le continuo ramassé de l'orgue, de la contrebasse et du basson. Sans oublier, par ailleurs, une belle brochure qui, plutôt que d'assommer le lecteur, lui présente l'essentiel dans une mise en pages très attrayante. La suite du programme est à voir avec intérêt...
André Link